Je m'appelle Ylana Chalem et j'ai 56 ans.
Je dirige depuis 5 ans une école d'anglais, Helen Doron English, dans le 17e arrondissement de Paris.
Pourquoi vous être spécialisée auprès des jeunes enfants ?
Dans une vie antérieure, je travaillais dans l'industrie pharmaceutique, un environnement totalement international.
Le constat était très clair : j'avais des équipes extrêmement éduquées, avec des doctorats, qui avaient de grosses difficultés à mener une réunion en anglais.
J'ai pris conscience de l'urgence : encore dans les années 2020, nos jeunes n'étaient pas suffisamment préparés à travailler à l'international.
À quel âge conseillez-vous de commencer l'apprentissage de l'anglais ?
Chez nous, les cours commencent à partir de 3 mois. À cet âge, on n'apprend pas à parler, mais comme pour la langue maternelle, l'enfant intègre les sonorités, comprend des instructions, et le jour où il est prêt à produire, il produit.
Plus on commence tôt, plus c'est simple : l'enfant acquiert la langue comme si c'était la sienne.
Cela dit, à tout âge, on est capable d'apprendre. Les enfants en primaire ont encore une plasticité cérébrale extraordinaire. Ils absorbent les sonorités et les structures sans les analyser, ils les vivent et les reproduisent naturellement. Quand la grammaire viendra plus tard, elle leur semblera naturelle, parce qu'ils auront déjà toutes ces structures en eux.
Comment un enfant apprend-il une langue ?
Un enfant apprend de façon naturelle : il écoute, comprend, puis produit en répétant, avant de construire progressivement des phrases.
Dans une relation ludique et dynamique, il associe quelque chose de positif à la langue et n'a plus aucune appréhension.
Il s'exprime d'abord par de petites phrases courtes, qui deviennent peu à peu plus complexes et plus subtiles, exactement comme il l'a fait avec sa propre langue.
Quel est le meilleur âge pour faire partir son enfant à l'étranger?
À tout moment, selon l'enfant et la volonté de la famille. Il existe des formules très diverses : scolarisation en journée dès le plus jeune âge, Summer Camps, séjours d'un mois, d'un trimestre ou d'une année entière.
Je peux vous donner un exemple concret. Elisabeth Ruelle-Megrelis, qui représente Helen Doron English en France, a envoyé sa fille Aliénor en boarding school à 7 ans. Ce séjour a été le tournant complet dans son rapport à la langue.
Elle est rentrée en France, a intégré la meilleure école bilingue du pays, et aujourd'hui c'est une jeune adulte parfaitement bilingue, on ne peut pas savoir qu'elle n'est pas native.
Un séjour à l'étranger, ça change vraiment la donne !
Qu'est-ce qu'un séjour à l'étranger apporte réellement ?
L'exposition 24/7. Quand on est placé dans un environnement où l'on n'est pas qu'avec des Français, le cerveau s'adapte et commence à penser dans la langue. C'est ce qui change tout : c'est le moment du déclic.
Comment entretenir l'anglais de son enfant au retour d'un séjour ?
Un séjour à l'étranger, c'est un booster. Mais comme en musique ou en sport, la performance durable s'entretient. J'ai fait de l'allemand à l'école, je ne l'ai pas pratiqué, et aujourd'hui je ne suis plus capable de me débrouiller. C'est la même chose pour n'importe quelle langue.
En général, les enfants qui partent à l'étranger progressent d'un ou deux niveaux selon la durée du séjour. À leur retour, nous adaptons le programme à leur niveau actuel et continuons à les développer sur les axes qu'ils n'ont pas encore complètement acquis : expression orale, subtilité de la langue…
En quoi les séjours linguistiques et les cours de langue sont-ils complémentaires?
L'idéal, c'est un parcours de fond, un marathon, pas un sprint. On peut d'ailleurs panacher les formats : Summer camp, trimestre, année entière.
Ces enfants développent une adaptabilité remarquable, une compréhension des cultures étrangères, et très souvent, une partie de leur carrière se construira dans un pays où ils ont vécu cette expérience, parce qu'on y développe des liens très forts.
Que dites-vous aux parents qui hésitent à initier leur enfant à l'anglais dès le plus jeune âge ?
Je ne sais même plus quel message passer, parce qu'en réalité, il n'y a pas le choix. L'anglais est la langue internationale, la clé pour voyager, comprendre les autres, évoluer professionnellement. Avant, c'était un plus. Aujourd'hui, c'est la condition sine qua non, il n'y a plus beaucoup de métiers où l'on n'en a pas besoin.
Pour vous donner un exemple personnel : je suis ingénieure statisticienne, j'ai travaillé comme épidémiologiste dans une agence d'État française, l'Agence de la biomédecine. A priori, pas besoin de parler anglais. Et pourtant, j'étais la seule à le parler, donc c'est toujours moi qui allait en réunion internationale, qui faisait les présentations en congrès. Aujourd'hui, les gens qui travaillent dans cette même agence parlent tous anglais.
Comment faire aimer l'anglais à son enfant ?
Il faut vivre l'anglais. Une langue, ça se vit.
Le jeu est la meilleure façon de faire aimer une langue à un enfant, avec beaucoup de renforcement positif.
Quand votre enfant apprend sa propre langue, vous applaudissez à chaque nouveau mot, et c'est pareil avec une langue étrangère. On utilise des chansons, des activités adaptées à l'enfant : il vient jouer, il reproduit sans contrainte, sans avoir l'impression d'être interrogé. Et progressivement, la langue devient naturelle.
Comment expliquer qu'un enfant timide prenne confiance lors d'une immersion à l'étranger ?
Parce qu'il n'a pas le choix. Il réalise que, s'il veut communiquer, la seule façon c'est de produire la langue qu'il a déjà en lui. Et il voit que ça fonctionne : les enfants entre eux prennent ce qu'on leur donne, sans juger.
Un enfant anglais qui voit arriver un petit Français timide va aller jouer avec lui, et dans l'action, les mots viennent. L'enfant découvre la force que ça a de pouvoir s'exprimer dans une autre langue : et ça, ça lève toutes les appréhensions.
Quelle est la plus belle progression que vous ayez observée chez un enfant ?
Une fratrie de deux jumeaux est partie en Angleterre pendant l'été avec My English School.
Dix jours de séjour, et les deux ont changé de niveau, se sont complètement libérés avec la langue. L'anglais n'est plus un sujet pour eux.
Ce qui a rendu ça possible ? Une vraie appétence et une vraie envie dans les deux cas, c'est ce qui fait la différence.

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